En Île-de-France, un levier clé pour répondre à la pénurie de créneaux sportifs
Dans de nombreuses villes françaises, les clubs sportifs peinent à trouver des créneaux pour accueillir leurs licenciés. Paradoxalement, des milliers d’équipements sportifs situés dans les établissements scolaires restent inutilisés en soirée, le week-end ou pendant les vacances. Pour y remédier, l’État a engagé une politique ambitieuse visant à ouvrir plus largement les installations sportives des collèges, lycées et universités au mouvement sportif.
Portée par une circulaire gouvernementale publiée en septembre 2025, cette stratégie vise à généraliser l’accès aux équipements scolaires d’ici 2027. Une évolution particulièrement stratégique dans les territoires urbains denses comme l’Île-de- France.
Des équipements nombreux mais longtemps sous-utilisés
La France dispose d’un parc important d’installations sportives scolaires : gymnases, plateaux multisports, terrains extérieurs ou encore dojos. Ces infrastructures sont principalement utilisées dans le cadre des cours d’éducation physique et sportive (EPS), de l’UNSS ou des activités scolaires.
Mais hors temps scolaire, leur utilisation est longtemps restée limitée.
Selon les données du ministère des Sports, près de 28 000 équipements sportifs scolaires existent en France, mais seulement environ 5 000 sont actuellement accessibles aux clubs et associations en dehors du temps scolaire, soit moins de 20 % du total. (Source : Les établissements scolaires vont devoir ouvrir leurs gymnases aux clubs sportifs).
Ce sous-usage contraste avec les besoins croissants du mouvement sportif. À la rentrée 2024-2025, le nombre de licenciés a encore augmenté, porté notamment par l’effet des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, avec une hausse d’environ 3,8 % des licences sportives. (Source : Face à la hausse des licenciés, les établissements scolaires vont ouvrir leurs gymnases aux clubs sportifs).
Résultat : de nombreux clubs se retrouvent dans l’incapacité d’accueillir de nouveaux pratiquants, notamment des jeunes.

Une circulaire pour ouvrir 100 % des équipements d’ici 2027
Face à ce constat, l’État a décidé d’accélérer l’ouverture des installations scolaires.
Une circulaire publiée au Bulletin officiel de l’éducation nationale en septembre 2025 fixe un objectif clair : ouvrir l’ensemble des équipements sportifs scolaires disposant de créneaux disponibles aux clubs sportifs d’ici la fin de l’année scolaire 2026-2027. (Source : Ouverture des équipements sportifs des établissements scolaires et d’enseignement supérieur pour la rentrée 2025 | Ministère de l’Education nationale).
Cette stratégie repose sur plusieurs leviers :
- Réalisation d’un diagnostic territorial des équipements sportifs scolaires ;
- Recensement des besoins des clubs locaux ;
- Signature de conventions tripartites entre la collectivité propriétaire, l’établissement scolaire et l’association sportive ;
- Création de comités de pilotage régionaux, coprésidés par le préfet de région et le recteur.
Un premier jalon intermédiaire a été fixé : 60 % des établissements équipés doivent être ouverts aux clubs d’ici la fin de l’année scolaire 2025-2026.
L’objectif est simple : maximiser les créneaux disponibles en soirée, le week-end et pendant les vacances scolaires.
Les DRAJES, véritables pivots de la coordination territoriale
La mise en oeuvre de cette politique repose largement sur les Directions régionales académiques à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (DRAJES).
Ces services déconcentrés de l’État ont notamment pour mission :
- De coordonner les rectorats, collectivités territoriales et mouvement sportif ;
- De faciliter la signature de conventions d’utilisation des équipements ;
- D’accompagner les expérimentations locales ;
- D’identifier les obstacles techniques (sécurité, accès indépendant, gardiennage etc.).
L’ouverture des installations scolaires dépend d’un équilibre délicat entre plusieurs acteurs : chef s d’établissement , collectivités propriétaires des équipements (Communes, départements, régions) et associations sportives.
L’Île-de-France : un territoire sous forte tension sportive
La question de l’accès aux équipements sportifs se pose avec une acuité particulière en Île-de-France.
La région concentre à la fois :
- Une forte densité de population,
- Un nombre élevé de clubs sportifs,
- Et une demande croissante liée à l’héritage des Jeux olympiques de Paris 2024.
Dans plusieurs départements franciliens, la pénurie de créneaux constitue un frein majeur au développement du sport associatif, notamment pour les disciplines en salle (handball, basket, badminton, arts martiaux).
L’ouverture des équipements scolaires représente donc un gisement important de surfaces sportives disponibles.

Montreuil : un exemple de mutualisation réussie
Certaines collectivités ont déjà engagé cette démarche.
À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, le collège Sólveig-Anspach a mis en place une mutualisation de son gymnase avec un club local de tennis de table. L’équipement, utilisé en journée par les élèves, est désormais ouvert en soirée aux licenciés du club.
Le compte officiel des services de l’État en Seine-Saint- Denis présente le dispositif de mutualisation des équipements sportifs scolaires, bien avancé en Seine-Saint-Denis, qui permet aux associations locales d’accéder aux infrastructures sportives scolaires. Ainsi, l’Élan Sportif de Montreuil, club adhérent de la F.F. des Clubs Omnisports, utilise les installations du collège pour le développement de sa section tennis de table. La Ministre a pu échanger avec les représentants de l’Éducation nationale et de la collectivité sur les enjeux et bénéfices de ce dispositif (Source : Préfet de la Seine-Saint-Denis).
La mutualisation permet tout à la fois de répondre aux besoins des clubs de sport et de leurs licenciés, de soutenir le développement des associations, d’optimiser les infrastructures des établissements scolaires, et d’ouvrir davantage l’École sur la Cité. Une opération gagnant-gagnant.
Ce type de partenariat repose généralement sur une convention entre :
- Le département (propriétaire du collège),
- L’établissement scolaire,
- Et l’association sportive utilisatrice.
L’objectif est de garantir la sécurité des locaux tout en facilitant l’accès aux infrastructures.
Une réponse aux besoins des clubs franciliens
Pour les clubs, l’ouverture des gymnases scolaires peut représenter une solution immédiate à la pénurie d’équipements.
Dans de nombreuses disciplines indoor, la difficulté à trouver des créneaux limite directement le nombre d’adhérents.
Les fédérations sportives soulignent régulièrement que des milliers de jeunes restent sur liste d’attente faute d’installations disponibles. Cette situation est particulièrement marquée dans les zones urbaines denses, où la construction de nouveaux équipements est coûteuse et longue.
En mobilisant les infrastructures existantes, l’État cherche donc à proposer une solution rapide et peu coûteuse.
Quelle opportunité pour les clubs sportifs ?
L’étude menée par Olbia, le Centre de droit et d’économie du sport et Média filière analyse la fréquentation de ces équipements à l’échelle nationale.
Il apparaît que le taux moyen d’occupation en période scolaire est de 74 % (dont 86 % la semaine, 58 % le weekend, 46 % les vacances et jours fériés et 31 % sur les grandes vacances). Ce chiffre est d’ailleurs assez équivalent entre zones urbaines et rurales, même si, dans ces dernières zones, les équipements ruraux sont utilisés en moyenne de 1h à 1h30 de moins par jour.
Sans réelle surprise, l’usage de ces équipements sportifs concerne en grande majorité les clubs et associations sportives. A noter que « l’analyse révèle une forte intensité d’usage en semaine de période scolaire, mais aussi des créneaux disponibles aux marges de journée, à la pause méridienne, le week-end et surtout pendant les vacances. Ces temps creux représentent un potentiel à développer via la pratique libre ou l’accueil d’entreprises ».
Il convient toutefois d’être prudent sur l’utilisation de ces chiffres, puisque sont considérés pour cette étude autant les gymnases, que les salles d’armes, les salles ou terrains spécialisés et les terrains de grands jeux. Les marges de manoeuvre identifiées ne sont donc pas nécessairement transposables à toutes les disciplines sportives et dans toutes les zones géographiques.
En complément de l’optimisation des créneaux existants, le rapport pointe une seconde solution, reprise par une Circulaire du 8 septembre 2025 (NOR : SPOV2525321C, publiée au Bulletin officiel n° 34 du 11 septembre 2025) : l’utilisation des équipements sportifs scolaires.
Selon le rapport, 80 % des établissements déclarent avoir encore des créneaux vacants, notamment le weekend et pendant les vacances scolaires.
Ainsi, la circulaire se donne pour objectif d’assurer l’ouverture de tous les équipements sportifs scolaires ou d’enseignement supérieur qui disposent de créneaux libres, afin de permettre la pratique d’activités physiques ou sportives sur les territoires en maximisant le nombre de créneaux. Ainsi, à l’issue de l’année scolaire 2026-2027, à l’échelle de chaque académie, 100 % des établissements scolaires du premier et du second degré et d’enseignement supérieur disposant d’un équipement utile et utilisable, et pour lesquels un besoin correspondant a été exprimé par le mouvement sportif, devront être accessibles, avec un premier jalon de 60 % de ces établissements ouverts à l’issue de l’année scolaire 2025- 2026.
Pour y parvenir, la circulaire prévoit un processus par étapes :
- Mobiliser les élus locaux et les directeurs d’école, chefs d’établissement et présidents d’université ou de grande école, et installer rapidement un comité de pilotage coprésidé par le préfet de région et le recteur de région académique pour impulser la démarche et suivre son déploiement ;
- Réaliser un diagnostic territorial des équipements sportifs scolaires ou d’enseignement supérieur relevant de la/des collectivité(s) partenaire(s) ; • Interroger les clubs sportifs sur leurs besoins en matière d’équipements sportifs, afin de croiser la demande et l’offre ;
- Préparer les conventions e ntre collectivité , établissement scolaire ou d’enseignement supérieur et club pour une entrée en vigueur dès que possible et au plus tard à la rentrée de septembre 2026.
En définitive, dans un contexte de saturation des équipements sportifs, la volonté du gouvernement est, sur la base de l’étude, de créer un cadre politique et administratif favorable, sur lequel les dirigeants peuvent désormais s’appuyer pour engager le dialogue avec les collectivités et les établissements scolaires.
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