Face à l’évolution des pratiques, à la diversification des publics et aux contraintes budgétaires comme environnementales, les équipements sportifs doivent se réinventer. Clubs, collectivités et fédérations s’accordent sur un point : seule une coopération renforcée permettra de concevoir des infrastructures plus flexibles, plus inclusives et mieux utilisées. Ce regard croisé met en lumière les leviers d’action pour construire les équipements de demain.

Stéphane Rivaud est président de l’ANDIISS Île‑de‑France, où il anime le réseau des responsables des sports des collectivités. Directeur des sports du Plessis‑Robinson, il est reconnu pour son expertise en gestion d’équipements et en politiques sportives territoriales.

Henry de Grissac est le directeur général du Levallois Sporting Club, plus grand club omnisports de France. Il porte un projet fondé sur l’ouverture à tous les pratiquants et l’exigence de la haute performance. Également membre du comité exécutif du Metropolitans Basketball Club, il s’implique dans le développement du sport sur son territoire.

Jean Detolle et Jean‑Pierre Rouillé sont administrateurs de la Fédération Française des Clubs Omnisports où ils contribuent activement aux réflexions nationales sur l’évolution des pratiques et des équipements sportifs. Engagés de longue date dans le mouvement omnisports, ils apportent leur expertise de terrain pour promouvoir des infrastructures plus inclusives, modulaires et adaptées aux besoins des clubs et des territoires.
Les équipements sportifs actuels répondent ils encore aux besoins du sport associatif, ou faut-il repenser leur modèle ?
Stéphane Rivaud : Les équipements sportifs actuels couvrent souvent les besoins de base du sport associatif, que ce soit pour l’entrainement ou la compétition mais, ils montrent de plus en plus certaines limites. Des infrastructures mono-usage (piscine, piste, gymnase unique) difficiles à mutualiser et pour certains des équipements vieillissants avec un coût de maintenance croissant. Nous avons surtout un manque d’installations sportives sur l’ensemble du territoire mais aussi une répartition très disparate due aux politiques sportives locales et aux moyens financiers non homogènes. On observe aussi une difficulté d’accueil des nouvelles pratiques.
Jean-Pierre Rouillé : L’équipement sportif doit à présent permettre la mixité d’usage et si possible être ouvert sur la ville en exploitant toutes les solutions possibles.
Henry de Grissac : La réponse varie en fonction des territoires, mais dans l’ensemble les équipements sportifs mis à la disposition des clubs peuvent potentiellement permettre de répondre à leurs besoins. C’est en tout cas ce que les chiffres au niveau national semblent indiquer. L’essentiel est surtout d’arriver à optimiser la gestion de ces équipements. On a beaucoup parlé du cas des gymnases scolaires qui, dans certains territoires, restent vides une partie du temps alors que des clubs sont constamment en recherche de créneaux additionnels.
S’agissant du cas plus spécifique du LSC, nous avons la chance d’être accompagnés par notre commune qui a fait de l’investissement dans ses équipements sportifs une priorité. C’est un réel atout pour notre tissu sportif et je souhaite à tous les clubs de pouvoir pratiquer dans de telles conditions.
Jean-Pierre Rouillé : Les équipements existants ont permis de démocratiser le sport mais plusieurs facteurs conduisent à envisager une évolution. En effet, de nombreux gymnases, en plus d’être de véritables passoires thermiques, ne répondent plus aux besoins des associations. Les sports en salle traditionnels comme le handball, le basket ou encore le futsal doivent désormais partager l’espace avec de nouvelles disciplines telles que l’escalade ou le fitness, qui nécessitent des aménagements spécifiques.
L’équipement sportif doit à présent permettre la mixité d’usage et si possible être ouvert sur la ville en exploitant toutes les solutions possibles comme l’ouverture des cours d’école le weekend, par exemple, ou l’aménagement d’espaces où la modularité est possible grâce à des cloisons mobiles et des sols multisports qui peuvent s’adapter en temps réel.
Henry de Grissac : Une des clefs réside dans la capacité qu’ont les gestionnaires d’équipements sportifs à intégrer les besoins des clubs dès la conception des bâtiments ou dès le début des rénovations. Plus tôt le dialogue se créé, plus l’équipement pourra être adapté aux attentes réelles des pratiquants.
Comment mieux adapter les équipements sportifs aux besoins réels des clubs et des pratiquants aujourd’hui ?
Stéphane Rivaud : Tout d’abord, il faut tenir compte de l’évolution des pratiques, des nouveaux publics et de la tension loisir / compétition : il faut repenser les équipements en lieux flexibles, modulables facilement, pensés pour tous, bien entendu cela a un coût…
Mais ce qui est certains, c’est qu’au regard de l’évolution des pratiques qui se multiplient il faudra faire des choix localement : comme aujourd’hui il sera impossible de répondre à toutes les demandes.
Stéphane Rivaud : Mais ce qui est certains, c’est qu’au regard de l’évolution des pratiques qui se multiplient il faudra faire des choix localement : comme aujourd’hui il sera impossible de répondre à toutes les demandes.
Henry de Grissac : Une des clefs réside dans la capacité qu’ont les gestionnaires d’équipements sportifs à intégrer les besoins des clubs dès la conception des bâtiments ou dès le début des rénovations. Plus tôt le dialogue se créé, plus l’équipement pourra être adapté aux attentes réelles des pratiquants.
En termes d’usage, la logique omnisports permet par essence une mixité des pratiques, et même des publics. Au LSC, nous faisons par exemple en sorte que les amateurs et les compétiteurs puissent cohabiter. Nos jeunes pratiquants doivent pouvoir croiser, au moins de temps en temps, leurs champions à l’entraînement. C’est la première des conditions à remplir pour créer les palmarès de demain.
Jean Detolle : Comme on l’a vu précedemment, les espaces doivent être capables de s’adapter selon l’heure de la journée et le sport pratiqué. Des zones d’accès libre comme des terrains de 3×3, par exemple, pour une pratique autonome, sans licence pourraient faciliter l’accès au sport. Il s’agit aussi de faire cohabiter ces espaces avec des créneaux réservés à la compétition.
Le développement du sport inclusif impose également des éxigences quant aux conditions d’accès (ascenceurs, plan incliné..) mais aussi à l’aménagement d’équipements spécifiques.
La prise en compte des besoins de nouveaux publics, les femmes avec des vestiaires aménagés , ou l’intégration de salles de motricité douce pour le sport santé ou les seniors par exemple …sans oublier les espaces de stockage pour le matériel adéquat si souvent oublié !
Quel rôle chaque acteur — fédérations, clubs et collectivités — doit-il jouer dans la création, la rénovation et la gestion des équipements sportifs ?
Stéphane Rivaud : Chaque acteur doit remplir son rôle dans le respect de son champ de compétence : la collectivité maitresse d’ouvrage applique la politique sportive définit par les élus et reste le financeur, mes clubs formalisent et justifient leurs besoins, les fédérations sont garantes de la réglementation sportive et à ce titre ont un rôle de conseil. A partir de là, une collaboration pour la rénovation ou la construction d’un équipement peut être envisagée.
Henry de Grissac : Il est important que chacun soit à sa juste place. L’objectif n’est pas que les clubs s’occupent de tout, même si en tant qu’utilisateur principal c’est bien souvent une tentation. Ce n’est pourtant pas notre rôle.
En revanche, il est essentiel que le dialogue soit permanent entre ceux qui conçoivent les règles de pratique, ceux qui les appliquent au quotidien et ceux qui gèrent les équipements. Il faut également que tous les acteurs s’entendent sur des objectifs partagés. Je pense, par exemple, à l’enjeu environnemental. C’est un sujet qui doit être abordé de façon commune. C’est d’ailleurs ce qu’attendent les adhérents des clubs omnisports.
Jean-Pierre Rouillé et Jean Detolle : La très grande majorité des équipements appartient aux collectivités (commune, intercommunalité, département, région) qui sont aussi les principaux financeurs du sport. Elles veillent à ce que ses équipements soient accessibles et répondent aux besoins de la population locale (écoles, loisirs, santé). Dans les projets récents, les clubs sont davantage consultés pour optimiser les besoins et répondre aux exigences de l’exercice des différents sports, le stockage du matériel, la vie associative, les salles de réunion , etc. Ils sont les référents de la pratique quotidienne : ils sont les « experts » de terrain.
Le club fait vivre ces équipements et veille à la bonne utilisation des installations.
Les fédérations veillent à l’application des normes régissant leur sport : dimension des terrains, hauteur sous plafond, revêtement, éclairage… Elles sont, d’une certaine manière, garantes de la qualité technique des installations.

Comment les clubs peuvent-ils être davantage associés aux décisions concernant les équipements qu’ils utilisent au quotidien ?
Stéphane Rivaud : En tout premier lieu il faut rappeler que les propriétaires des installations sportives sont les collectivités : ce sont elles qui programment, investissent et assurent la maintenance. Si les associations sportives doivent être associées notamment dans la programmation des nouveaux équipements af in qu’ils répondent et soient adaptés aux besoins réels, il faut aussi que ces clubs soient réalistes et s’attachent à des ambitions sportives (certes légitimes) mais en cohérence avec les moyens du club (humains, financiers, etc.) et les objectifs fixés ou non par la collectivité.
Henry de Grissac : Du côté des clubs, un des enjeux majeurs est d’arriver à développer une culture territoriale pour comprendre comment fonctionnent les acteurs publics. Trop souvent, les clubs sportifs se contentent de dialoguer avec l’élu au sport de leur collectivité. Ces derniers jouent un rôle essentiel mais, quand on aborde la construction d’équipements à plusieurs millions d’euros, il y a de nombreux autres acteurs qui entrent en jeu, notamment les élus aux finances, aux travaux ou au développement durable. Sans parler des services correspondants avec lesquels il faut savoir travailler.
Jean Detolle : La FFCO porteuse du concept de la littératie physique insiste pour :
– que les associations soient associées dès la conception des aménagements,
– que les éducateurs participent à l a programmation des espaces publics
– que les clubs soient intégrés aux projets de quartier
– et que les équipements soient pensés comme des plateformes partagées plutôt que comme des sanctuaires disciplinaires
Des structures de dialogue permanentes devraient donc être créées dès la phase de diagnostic d’un projet de rénovation ou de construction en associant le club comme « expert d’usage ».
Face aux contraintes bugétaires et environnementales, comment imaginer des équipements sportifs plus durables et mieux partagés ?
Stéphane Rivaud : En effet, les contraintes budgétaires et environnementales sont de plus en plus fortes pour les collectivités et les enjeux sportifs ne sont pas les seuls sur le plan local, c’est aussi ce qu’il faut retenir.
On peut imaginer beaucoup de chose en matière de construction durable encore faut-il avoir les moyens de les construire. Le premier objectif aujourd’hui que ce soit en rénovation ou construction est de réduire les coûts de fonctionnements et notamment la facture énergétique et cela passe entre autres par : isolation, éclairage led, récupération des eaux pluviales, panneaux solaires, géothermie quand cela est possible, puit canadien (cela fonctionne très bien sur les gymnases), etc. les idées et choix sont nombreux mais ont un coût !
Pour ce qui est du partage, je dirai qu’il faut construire des équipements polyvalents contribuant à leur optimisation tout en permettant les pratiques de loisir et de compétition…
Henry de Grissac : C’est sans doute là que la responsabilité des clubs omnisports est la plus grande. Par leur approche globale, les structures omnisports ont un rôle essentiel à jouer pour garantir aux acteurs publics qui veulent s’engager que leurs investissements correspondront réellement aux attentes de leur population. C’est un réel gage d’efficacité et les clubs doivent être en capacité de porter un message fort au nom des utilisateurs qu’ils représentent.
Jean-Pierre Rouillé : Le modèle du gymnase énergivore et mono usage semble dépassé. Le bâtiment du futur, outre l’utilisation de matériaux adaptés bas carbone ou l’adoption de techniques de climatisation peu gourmande en énergie doit répondre à une utilisation mutualisée car un équipement coûte cher s’il n’est utilisé que de 18 h à 22h00 ! Ceci passe, comme on l’a vu précédemment, par une modularité des espaces et une mixité d’usage.
L’aménagement de l’espace public, les parcs , les places, pourrait aussi permettre une incitation à l’activité physique sans engager d’énormes dépenses et en n’altérant pas l’empreinte environnementale !
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Sur cet article, François-Emmanuel Vigneau, Architecte DPLG et docteur en géographie-aménagement, consultant en aménagement sportif…